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matali crasset
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À propos de matali crasset

EXCELLENCES & UTOPIES


Matali Crasset est un(e) designer que l’on ne présente plus. Ses créations sont devenues au fil du temps emblématiques et elle n’a de cesse d’interroger les concepts de modularité, d’appropriation, de flexibilité et de réseau. Elle collabore avec des univers éclectiques, de l’artisanat à la musique électronique, de l’industrie textile au commerce équitable, du design produit à l’architecture intérieure. matali a cette particularité de ne pas craindre l’expérimentation.

Elle innove en permanence repoussant l’univers des formes, des usages, de la couleur. matali réussit à s’affranchir des codes et chacun de ses projets est une surprise imaginée dans le respect de l’utilisateur avec cette touche supplémentaire d’âme qui pousse toujours plus loin les limites du design.

”J’AI L’IMPRESSION D’AVOIR JUSTE FAIT DES CHOIX DE VIE.”


A elle seule, matali est un monde – de connections créatives et gourmandes, d’attentions liées à la société et à son évolution, d’imaginaires colorés où les formes lui appartiennent sans jamais faire de concessions à la finalité.

Conversation exclusive avec matali…

Matali, tu as réussi à créér un monde fictionnel qui est le tien, inimitable… en gardant cette liberté de le faire évoluer au fil des projets…
Comment fais-tu ?

"Je n’ai tout d’abord aucun a priori. Je ne pense pas que mon métier de designer doive s’envisager dans un cadre contraint. Au contraire je suis ouverte aux aventures et aux challenges, j’aime faire ce que je n’ai jamais fait voire même imaginé, que cela soit un pigeonnier pédagogique capsule pour faire partager la colombophilie ou une collaboration avec le peintre américain Peter Halley ou le pâtissier Pierre Hermé…

J’aime l’aventure, me mettre en danger.
J’entrevois de plus en plus ce métier, à travers les projets que je mène, comme celui d’un accoucheur, d’un maïeuticien. Il s’agit de moins en moins de mettre en forme de la matière – de l’esthétique – mais plutôt de faire émerger, de fédérer, d’organiser, autour d’intentions et des valeurs communes, des liens et des réseaux de compétences, de connivence, de socialité. La majorité des projets sur lesquels je travaille actuellement mettent en évidence cette dimension de travail collectif et collaboratif. Je pense au récent projet de la Maison des Petits au 104 à Paris, aux maisons sylvestres pour le Vent des forêts à Fresnes au Mont dans la Meuse, à l’école Le blé en herbe à Trébédan en Bretagne avec la Fondation de France, la Dar’hi à Nefta en Tunisie ou le projet du bois de Sharewood à Nègrepelisse pour La Cuisine. Il y a donc une dimension de plus en plus locale qui m’intéresse beaucoup. On voit bien que la contemporanéité n’est plus l’apanage exclusif du monde urbain.

Bien évidemment, je dessine aussi des objets, mais les objets ne sont ni le centre, ni la finalité du processus de création ; ils en sont une actualisation possible parmi d’autres (une architecture, une scénographie, une exposition…) à un moment déterminé, d’un système de pensée plus vaste."

Tes créations peuvent être interprétées comme très en phase avec la culture numérique, du graphisme, de la BD aussi … et pourtant tu es une grande lectrice de philosophie, de sociologie, d’économie … un paradoxe ?

"Je suis une lectrice timide. La montagne à gravir est tellement élevée, que je me sens très petite face au savoir. Si j’avais une autre voie à tracer, je crois que je pourrai embrasser la sociologie ou l’anthropologie. Alberto Alessi dit de moi que je suis une sociologue, une sorte de Fourier du design. C’est sans doute fort exagéré.
Mais la question de l’utopie est évidemment récurrente dans mon travail : elle renvoie à mon attachement pour les pensées sociales. Mon inscription sociale tant intime – vivre à Belleville – que professionnelle, participe de mon intérêt à répondre à des commandes publiques pour réinterroger l’espace public – de la commande de la maison des Petits pour le 104 à celles des maisons sylvestres pour le Vent des Forêts, posant le design comme un espace du vivre ensemble. Il s’agit dès lors d’envisager le design comme l’espace de la reconquête d’une pensée sociale, où l’expérience est au cœur de la vie même.
Quand je me suis intéressée par exemple au vin naturel grâce à Jean-Paul Rocher et Ivo Bonacorsi, ceux-ci m’ont donné à lire les écrits de Jules Chauvet, qui ont renvoyé aux textes de Rudolf Steiner. Quand on lit Steiner, devant lequel je ne suis pas en admiration béate, on se demande cependant comment le même cerveau a pu accoucher de la biodynamie et de l’anthroposophie… ce qui m’a subjugué chez Steiner c’est qu’il montrait avec ses défauts et travers qu’on peut embrasser le monde dans son complexité. On se trouve alors devant une très grande montagne…

J’ai réalisé aussi une pièce autour d’une figure féminine importante pour moi qui est Jane Addams, la créatrice de la Hull house à Chicago dont le travail est peu connu ici, féministe, philosophe, prix Nobel de la Paix…
J’ai l’impression qu’aujourd’hui le design est face aux mêmes enjeux qui se posaient à l’aube de la révolution industrielle. Il y avait déjà à l’époque des questionnement, des inquiétudes, des consciences : c’est intéressant de se replonger dans cette époque car c’est là que l’activité de designer prend sa source et c’est aussi à ce moment que des choix qui impactent notre vie aujourd’hui ont été faits.
Si je suis avec attention des artistes comme Louise Hervé & Chloé Maillet qui ont réalisé plusieurs pièces sur les Saint-Simoniens, c’est sans doute le prisme, ce regard qu’elles avaient sur les utopies qui m’a tout de suite intéressé.
Plus que jamais je pense que le design est politique et que le design exprime une prise de position face au monde.
J’ai l’impression que dans mon travail, cet intérêt que je manifeste pour le vivre ensemble s’exprime à chaque fois de façon différente."

Dès le début de ta carrière, tu t’es imposée par des propositions fortes, remarquables et très vite identifiées. Dès le début, tu as aussi joué avec ton image, ton style personnel hors norme, hors mode et qui t’es propre. Rares sont les designers qui osent cela. Peux-tu raconter comment cela s’est fait ?

"J’ai vécu enfant dans un petit village où la norme sociale était très forte. La question de la féminité ou la manière dont les femmes doivent s’en emparer ne m’a jamais intéressée. Je ne m’y reconnais pas. Je ne suis pas dans la séduction féminine.
Je pense qu’on peut être femme autrement.
A chacun de choisir sa voie et d’être en phase avec sa tête et son corps. J’ai l’impression d’avoir juste fait des choix de vie."

Plus l’on appréhende ton travail et plus la sensibilité féminine est perceptible … Est-ce conscient ?

"J’envisage les projets sous l’angle de la vie c’est peut-être ce que tu appelles sensibilité féminine. La vie n’est pas pour un moi un déroulement d’actions figés mais au contraire d’actions qui s’enchainent dans un continuum de temps et de lieu. On ne peut s’inscrire et reproduire à l’ère du numérique un schéma hérité du XVIIIe siècle où espace et mobilier se sont spécialisés."

Du coup conclure par la très jolie phrase que tu avais cité à l’occasion d’un état des lieux du regard des femmes designers sur leur métier et leurs références…semble une bonne idée !
"Ce que les femmes proposent c’est évidemment un autre point de vue, pour ma part, ce que j’appelle un pas de côté."

 

Lire le portrait et l'interview UNBOXED de matali crasset

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