Les paysages textiles d’Alexandra Kehayoglou

À la frontière entre artisanat et art, les tapis hyper-réalistes d’Alexandra Kehayoglou sont comme autant d’hommage à la nature. Munie de sa laine et de son savoir-faire, Alexandra s’inspire de la nature pour récréer des espaces qui imitent à s’y méprendre la texture naturelle de la mousse, de l’herbe ou de la roche. Plus qu’un simple objet décoratif, sollicitant la vue et le toucher, chacune de ses créations est une véritable expérience sensorielle qui nous rappelle à quel point la nature est précieuse.

À la manière d’un roman historique, le destin d’Alexandra Kehayoglou débute en 1920 avec la fuite de ses grands parents, tisserands de tapis, contraints de quitter la Grèce déchirée par la guerre avec la Turquie. Arrivée en Argentine, avec comme seul bagage, quelques vêtements, leur métier à tisser et leur savoir-faire, ils fondèrent leur propre fabrique de tapis : El Espartano en hommage à leur ville natale d’Isparta.

 

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Devenue au fil des années l’un des plus grands producteurs d’Amérique du Sud de Tapis, la fabrique familiale située dans la banlieue nord de Buenos Aires, devient vite le terrain de jeu favori de la jeune Alexandra Kehayoglou née en 1981. «J'ai grandi dans une famille qui fabriquait des tapis. Ma grand-mère a apporté ses métiers et son savoir-faire transmis par ses ancêtres grecs en Argentine qu’elle a elle même enseigné à ses enfants.”.Tout comme son père, la créatrice a ainsi grandi avec la responsabilité de perpétuer la tradition familiale, dans un environnement qui façonnera la perception et la sensibilité particulière d’Alexandra au tissage. Après avoir obtenu son diplôme en art à l’Université de Buenos Aires, âgée de 35 ans, Alexandra Kehayoglou commence à travailler tout en faisant des expériences avec les restes de laine issus de la production de l’usine familiale pendant ses temps libres, profitant des mois d’été lorsque la production des ateliers s’arrêtaient.

 

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C’est là, qu’inspirée par la nature si prolixe et éclectique en Argentine : des plaines fertiles de la pampa jusqu’au glaciers de Patagonie, que l’artiste commence son oeuvre et ouvre son atelier en 2008 dans une annexe de l'entreprise familiale. «J'ai réalisé que la connaissance des tapis que j'avais était inscrite dans mes gènes et que le fait de l’utiliser en tant artiste était inévitable. Le style que j’ai créé est une abstraction des paysages de mon pays.

 

 

J'aimerais que tous ceux qui regardent mes œuvres aient le sentiment de s’y laissé emporter. » En 2014, Kehayoglou est appelé à réaliser une oeuvre monumentale pour un défilé du créateur de mode Dries Van Noten. Inspirée par l’Ophélie de John Everett Millais, la jeune artiste réalise un phénoménal tapis de « verdure » de 50 mètres de long. Mélange de mousse et lichen plus vraies que nature, l’oeuvre la propulse sur le devant de la scène. S’en suivent alors nombre de commandes et d’expositions qui contribueront à assoir la notoriété de la créatrice.« Quand je passe du temps dans la nature, la volonté de créer survient instinctivement, je décide alors de raconter une histoire, de faire justice. Je sens parfois que quelque chose en dehors de moi m'appelle à faire ce que je fais ».

 

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En 2016, dans un contexte mondial plus que jamais assombri par des problématiques climatiques et environnementales extrêmes telles que la décimation des paysages naturels, le travail d’Alexandra Kehayoglou prend une tournure engagé. En quête de paysages qui semblent désormais appartenir à d’autres mondes, la créatrice entreprend des voyages géologiques pour se faire, au travers d’oeuvres rares, le porte parole de terres oubliées et de territoires à préserver. Des tribus en voie de disparition de la Patagonie jusqu’aux phénomènes géologiques sur l’île de Milos dans les Cyclades en passant par la question du barrage sur la Santa Cruz River, ses tapis inouïs rendent hommage autant qu’ils alertent sur l’état de paysages en voie de disparition comme sur la prémonition d'un futur écocide. «Je vis dans une bulle verte. Je sens que mon objectif est de tisser plus de verdure, en réaction à la disparition progressive de notre monde naturel. Je porte le drapeau pour la Terre mère. Je continue à tisser pour sensibiliser, encourager les autres à l'aimer aussi. " L’unicité et la singularité de chacune des pièces tissées main d’Alexandra Kehayoglou se fait ainsi l’écho du caractère éminemment précieux d’une nature que l’on peine à préserver… À défaut de pouvoir acquérir l’un de ses merveilleux tapis, on se précipitera sur la monographie qui lui sera consacrée en 2019 chez l’éditeur Walther König.

 

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