Supersize it !

Héritage de Gulliver et de ses voyages extraordinaires qui hantent les fantasmes des grands enfants, propension naturelle de certains créateurs à voir les choses en grand, ou volonté de forcer l’humain à plus de modestie en le plaçant à l’état de fourmi, les jeux sur l’échelle ont abreuvé l’art et le design contemporains de créations XXL ces dernières années.

À la fin du XXème siècle, l’œuvre du plasticien français Lilian Bourgeat intitulée ‘Le dîner de Gulliver’ fait justement référence au célèbre roman de Swift et invite le spectateur à une table tout à fait standard mais dont la taille s’avère deux fois et demi supérieure à la normale. Célèbre pour ses sculptures démesurées hyperréalistes d’objets quotidiens (banc public, caddie de supermarché ou encore bottes en caoutchouc), l’artiste transforme les visiteurs appréhendant ses œuvres en liliputiens, provoquant leur émotion en les faisant basculer vers une nouvelle dimension.

 

le diner de gulliver de Lilial Bourgeat

 

Avant lui, d’autres artistes hérités du pop art et de la contre culture ont contribué à ouvrir le champ de l’art traditionnel, en le faisant sortir du carcan étroit des musées pour offrir aux yeux des passants ébahis des visions de conte de fée comme tout droit échappées d’un univers de géants.Dès les années 60, Claes Oldenburg, figure suédoise du mouvement Pop art bouscule le quotidien avec ses sculptures oversize: cuillère géante surplombé d’une cerise gargantuesque à Minneapolis, scie monumentale à demi enterrée qui semble entamer le bitume de Tokyo ou cornet de glace XXL comme tombé du ciel et échoué sur le toit d’un centre commercial de Cologne : là où les passants s’amusent, il est surtout question pour l’artiste de questionner leurs émotions et leur rapport au monde. En France, on se souvient aussi du pot sans fleur monumental et recouvert de feuille d’or de Jean Pierre Raynaud, commandé à l’origine par le bijoutier Cartier pour sa fondation d’art contemporain, qui a longtemps régné sur le parvis du centre Pompidou, forçant l’admiration des parisiens comme des touristes de passage.

 

women de ron muek

 

On peut aussi citer, parmi les œuvres incontournables jouant allègrement sur l’échelle pour troubler nos sens, les sculptures en silicone, résine polyester et peinture à l’huile hyperréalistes de Ron Mueck qui dressent des portraits de personnages plus vrais que nature, à l’exception notable de leur taille.

 

Entre infiniment grand et infiniment petit, l’artiste se plait à déconcerter le spectateur, qui voit, face aux personnages impeccables de l’artiste, sa perception du monde inévitablement altérée.  
L’infatigable Jeff Koons, enfin, a, lui aussi marqué les esprits avec son grandiose Puppy installé devant le musée Guggenheim de Bilbao ou plus récemment avec son gigantesque Ballon Dog, copie d’un chien composé de ballons tels qu’en fabriquent communément les clowns et autres amuseurs d’enfants. Désireux de faire survivre le souvenir d’enfance d’un fils qu’il ne voyait plus depuis son divorce avec la Cicciolina, l’artiste fabrique une star solide et lourde exposée un peu partout dans le monde et achetée par des grands collectionneurs pour des sommes vertigineuses. Entre conte de fée et réalité, l’art XXL force l’émerveillement et nous renvoie sans doute à l’état d’enfants dépassés par un monde qui, décidément, nous domine. Fascinants, ludiques et déroutants, les jeux sur l’échelle ont aussi inspiré de nombreux designers contemporains.

 

xxxl dome de Ingo Maurer

 

Dès 1970, Gaetano Pesce provoque la surprise avec son lampadaire Moloch, une version géante mais exacte réplique de la lampe de bureau emblématique Luxo- si le concept n’aura donné lieu qu’à une production très limitée d’une vingtaine d’exemplaires, il sera repris des années plus tard par Philip Starck avec son luminaire SuperArchimoon.

On pense aussi à l’abat-jour XXL Dome ou l’ampoule géante d’Ingo Maurer qui devient lampe à part entière, à l’allumette démesurée qui épouse la fonction d’un banc, et bien sur à la bague XXL d’Elisabeth Hertzfeld dont on se servira comme miroir. Les objets pratiques ainsi détournés de leur fonction primaire, viennent servir l’imaginaire, amener une touche ludique dans l’intérieur et nous interroger, inévitablement, sur la frontière entre art et design.

 

miroir Ring design by Elisabeth Hertzfeld

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